
À Diaoulé, une commune rurale du Sénégal, des femmes cultivent légumes et arbres fruitiers sur une ferme agroécologique qu’elles gèrent elles-mêmes. En stabilisant leurs revenus et en diversifiant leurs activités économiques, elles sont mieux à même de faire face aux aléas climatiques qui s’intensifient.
À Keur Massar, en périphérie de Dakar, des quartiers qui étaient autrefois régulièrement inondés retrouvent une mobilité et une sécurité sanitaire que leurs habitant·e·s n’espéraient plus.
L’adaptation aux changements climatiques, de manière très concrète, c’est cela. Mieux que n’importe quel indicateur, ces images du quotidien illustrent les défis immenses auxquels le Sénégal est confronté : érosion côtière accélérée, sécheresses récurrentes, inondations urbaines et insécurité alimentaire persistante. Face à ces vulnérabilités, le processus de Plan national d’adaptation (PNA) est devenu un levier stratégique essentiel pour structurer et pérenniser la réponse du pays.
Un processus de PNA ancré dans les réalités locales
Avec l’appui du Réseau mondial de PNA et dans une démarche d’apprentissage ambitieuse, le Sénégal a choisi de capitaliser sur les expériences de terrain déjà engagées pour renforcer son processus de PNA. Une évaluation d’impact portant sur onze projets mis en œuvre entre 2019 et 2024 à travers le pays1 va permettre d’alimenter le PNA global qui doit être développé prochainement en enseignements concrets, issus de la réalité des territoires.
Sur le terrain, les résultats sont tangibles. Dans plusieurs localités, la mise en place de mini-forages, de digues anti-sel et de systèmes d’irrigation a permis aux ménages bénéficiaires de sécuriser leur accès à l’eau et d’accéder à une production agricole continue tout au long de l’année, réduisant ainsi leur dépendance aux aléas pluviométriques.
En milieu urbain, notamment dans des quartiers vulnérables comme Keur Massar ou Guinaw Rail, des projets de gestion des inondations ont permis d’améliorer à la fois la mobilité des habitant·e·s et leur sécurité sanitaire — des gains concrets pour des populations parmi les plus exposées aux effets du dérèglement climatique.
Enseignements clés pour le PNA, au Sénégal et au-delà
L’évaluation fait ressortir plusieurs facteurs déterminants pour la réussite et la durabilité des interventions.
- L’appropriation communautaire est une condition sine qua non. Les projets ayant associé activement les populations à leur conception et à leur mise en œuvre ont produit des effets bien plus durables. Les femmes jouent ici un rôle central : majoritaires parmi les bénéficiaires, elles sont aussi des actrices clés de la prise de décision, de la gestion des activités et de la transmission des pratiques climato-intelligentes. Les structures qu’elles animent (groupements, caisses d’épargne, comités de gestion) constituent souvent le véritable moteur de la continuité après la fin des projets.
- L’implication des services techniques et des collectivités territoriales doit être institutionnalisée. Lorsqu’elle fait défaut, la pérennisation des actions s’en trouve fragilisée. Le PNA offre une opportunité de formaliser ces partenariats via des conventions claires et des mécanismes de suivi partagés.
- Les infrastructures sans gouvernance post-projet s’essoufflent rapidement. Forages en panne, bassins non entretenus, équipements abandonnés — ces situations, observées dans plusieurs sites, rappellent qu’un ouvrage ne suffit pas : il faut aussi prévoir dès la conception les modalités de maintenance et les ressources associées.
- Enfin, l’évaluation souligne l’importance d’intégrer non seulement les risques climatiques actuels, mais aussi les projections futures. Certains sites ont été frappés par des événements extrêmes dépassant les hypothèses initiales des projets. Un rappel que l’adaptation doit anticiper les scénarios à venir, pas seulement répondre au présent.
Ces enseignements résonnent bien au-delà du Sénégal. Pour les pays engagés dans des processus de PNA similaires, ils plaident pour une approche qui capitalise sur les solutions locales éprouvées, investit dans le renforcement des capacités, notamment via les champs écoles paysans, et intègre systématiquement le genre et l’inclusion sociale dès la conception des interventions. Le Réseau mondial de PNA joue un rôle clé dans la diffusion de ces apprentissages, en facilitant les échanges entre pays et en documentant les pratiques prometteuses à l’échelle internationale.
De l’expérimentation locale à la politique nationale
L’expérience sénégalaise démontre qu’il est possible de construire une politique d’adaptation aux changements climatiques ambitieuse en partant de l’intérieur : en valorisant les savoirs locaux, en s’appuyant sur les dynamiques communautaires existantes et en les connectant à une planification nationale cohérente. Le défi qui se pose désormais est celui du passage à l’échelle : consolider ce qui fonctionne, garantir des financements durables et intégrer pleinement ces approches dans les politiques sectorielles. C’est à cette condition que le Sénégal, et avec lui d’autres pays, pourront transformer des expériences locales prometteuses en résilience climatique durable pour l’ensemble de ses territoires et habitant·e·s.